Bilitis - Histoire érotique
Par franck, mardi 14 août 2007 à 11:38 :: Histoires érotiques :: #67 :: rss
La première fois que j'entendis parler de Kristin, j'eus un étrange pressentiment, une intuition plutôt, à la fois intense et imprécise : le sentiment que j'allais vivre, en agréments ou en déplaisirs, des moments forts.
Pourtant, rien n'était venu étayer ce bizarre avertissement. Je ne rejetai d'ailleurs pas l'hypothèse que, pour une fois, je pouvais bien m'égarer. Étrange tout de même cette alerte à propos de quelqu'un que je ne connaissais absolument pas. Je m'étais donc contentée de réagir à la description, certes détaillée, que m'en avaient fait ma copine Cécile et son frère François. Description flatteuse, trop peut-être. « Beauté époustouflante, humour, esprit de répartie » (ses ripostes étaient, paraît-il cinglantes et toujours appropriées), « charme certain », et j'en passe... Telles étaient les qualités que Cécile et son frère avaient évoquées devant moi avec une complaisance qui avait probablement contribué à me mettre ainsi sur le qui-vive.
J'avais hâte de rencontrer l'oiseau, non par véritable curiosité, mais plutôt pour mettre un terme à cette incertitude vaguement angoissée qui m'accompagnait désormais. Relation de travail de Cécile, Kristin était en passe de devenir une copine et, dès lors, de pénétrer dans le cercle – ô combien restreint – des fréquentations de notre trio. Cécile n'avait pas manqué, avec sa perspicacité coutumière, de noter le peu d'enthousiasme avec lequel j'avais accueilli la description flatteuse qu'elle m'avait faite de sa nouvelle copine.
– Jalouse ? me lança-t-elle à brûle-pourpoint.
– De quoi parles-tu ? ripostai-je, mollement.
– Ne fais pas l'innocente : de Kristin, voyons !
– Comment pourrais-je l'être, je ne la connais pas !... Qu'est-ce qui te fait dire ça ?
– Tu as ce regard aigu que je connais bien et qui m'en dit long.
– Bah ! fis-je, désinvolte, nous verrons bien !
Cécile n'insista pas. Kristin resterait donc, pour un temps indéterminé, une énigme. Je décidai de m'interdire de forger un quelconque a priori. En attendant...
La semaine suivante, Cécile m'appela au téléphone :
– Dom, ma chérie, j'ai un petit ennui.
– Dis-moi.
– Tu sais ma copine Kristin ?...
– Oui ?
Je sentis les battements de mon cœur s'accélérer. Cette réaction irrationnelle et que rien ne justifiait m'irrita.
– Elle habite un bungalow à dix minutes de chez nous, et elle m'offre deux stères de bois pour le feu ouvert, génial, non ?
– Ah, oui ! bien, fis-je, sans réel enthousiasme.
– Tu imagines les chouettes soirées à rêvasser devant une belle flambée ?
– Bien sûr !
– Le problème est que le break de maman est en panne. Est-ce que tu crois que Roger pourrait nous prêter sa camionnette ?
Roger était un copain avec qui j'avais suivi ma formation de kiné et que je revoyais de temps à autre. Très amoureux de moi à l'époque, il avait fini par se contenter, faute de mieux, d'une amitié bon enfant et de rapports purement platoniques. Je parvenais, Dieu merci, à éviter les tête-à-tête et ce n'est qu'à l'occasion de sorties en groupe qu'il nous arrivait de nous voir. La petite lueur trouble, toujours présente dans son regard, m'indiquait clairement qu'il en pinçait toujours pour moi. Je savais qu'il s'efforçait à la discrétion, et qu'il tentait – bien vainement – de rendre imperceptibles ses nombreuses œillades vers ma poitrine ou mes cuisses. Je n'avais nulle intention de le faire souffrir, simplement, Roger ne m'inspirait guère. Ses manières pataudes, son manque absolu de tact, son goût immodéré pour le foot, ses plaisanteries graveleuses, tout cela me tenait à respectueuse distance de ce jeune homme, par ailleurs dégoulinant de gentillesse et d'une fidélité de cocker.
J'avais failli céder à un mouvement proche de la pitié, un jour où il s'était montré particulièrement attentionné, ne pouvant s'empêcher de me déshabiller du regard, l'œil trouble, pantelant, visiblement malheureux. Je me préparais à me laisser faire ; je me disais que lui accorder – une fois, une seule – ce qu'il semblait désirer si fort, le calmerait peut-être. Voyant que je ne le rabrouais pas, contrairement à l'habitude, il s'enhardit et posa sur ma cuisse dénudée une main moite et légèrement tremblante. Le contact de la chair molle et humide suffit à me réfrigérer. Je me dérobai alors vivement sous je ne sais plus trop quel prétexte. L'adorable garçon arriva à ne me pas m'en vouloir.
Lorsque j'appelai Roger à propos de la camionnette, il offrit aussitôt de venir ranger le véhicule devant chez moi afin de m'épargner un déplacement. J'eus beau protester, il tint absolument à me faire ce plaisir.
Ce soir-là, je venais de remonter à mon appartement après une journée bien remplie, lorsque retentit le grelot de la porte d'entrée. Roger, souriant, légèrement essoufflé, se tenait dans l'entrebâillement de la porte.
– Voilà ! fit-il en brandissant puérilement un jeu clés, j'ai fait le plein, le bahut est juste en face !
– Merci Roger, tu es sympa !... Je la rapporte demain soir.
– Tu peux la garder tout le week-end, je n'en ai pas besoin.
– Sûr ?
– Certain ! Écoute, je passerai la récupérer dimanche soir, disons vers huit heures... Ça te va ?
– Bon, si ça te convient, c'est d'accord... Je ferai le plein...
– Mais non, tu me paieras un verre à l'occasion. Allez, salut, je file.
Il me gratifia d'un baiser mouillé sur la joue, sonore et maladroit comme à l'accoutumée. Son regard était embué, il était tout fébrile. À sa façon de danser d'un pied sur l'autre et à la manière presque douloureuse dont il reluqua mes seins avant de disparaître dans la cage d'escalier, je sus qu'il bandait. Le pauvre, il faudra vraiment que je prenne sur moi de lui faire une petite gâterie à l'occasion.
oooOOOooo
Lorsque je rangeai la camionnette devant la maison de Cécile, juste derrière la superbe Harley de François, j'étais en proie à un sentiment inaccoutumé : une sorte de mélange de curiosité, d'agacement et d'appréhension. J'étais déjà sur le perron, prête à donner le petit coup de sonnette convenu, lorsque le lourd portail s'ouvrit sur une Cécile radieuse et particulièrement enjouée. Derrière elle, une grande brune, superbe, souriait à pleines dents, me mangeant des yeux. On eût dit une tigresse. Avec mon short à ras des fesses et mon t-shirt moulant, je me sentais presque nue sous ce regard inquisiteur.
C'était indéniablement une belle fille : une longue chevelure auburn encadrait un visage régulier au menton volontaire, légèrement prognathe, ce qui accentuait son côté résolu, voire sauvage. Des lèvres charnues s'ouvraient en un sourire gourmand sur deux rangées de grandes dents d'une blancheur étincelante. Le nez, légèrement busqué, lui donnait le profil conquérant. Les yeux, d'un brun très pâle, presque jaune, lui conféraient un regard des plus étranges : à la fois pénétrant et velouté. Un regard de fauve.
Il émanait de toute sa personne une vigueur exceptionnelle. Elle était nantie d'un corps magnifique, susceptible d'engendrer chez la plupart des hommes les idées les plus lubriques. Athlétique, elle avait une silhouette élancée et de longues jambes bien sculptées. Une poitrine aux belles proportions gonflait avantageusement un chemisier blanc taillé dans une toile des plus fines. Elle portait une minijupe de velours d'un vert tendre. Le vêtement se boutonnait sur le devant et était serré à la taille par une large ceinture de cuir brun que fermait une grande boucle de cuivre.
Mon sentiment de répulsion fut immédiat, viscéral, incontrôlable, arbitraire et absolu. J'aurais pu, j'en étais persuadée, craquer complètement en face de cette beauté rayonnante. Mais à l'admiration que j'aurais pu, sans la moindre peine, éprouver à l'égard de cette belle fille, se substituait un rejet profond, aussi irrationnel qu'impérieux. En réalité, je ressentais un curieux sentiment de danger.
– Dominique, je te présente Kristin, la copine dont je t'ai parlé, annonça Cécile, très femme du monde en l'occurrence. (Et elle ajouta, gouailleuse
Kristin avec un « K » et sans « e » final, à la nordique.
Je pensai, faisant mentalement siffler les « s » : Kristin comme crispant, Kristin comme « Kriss », le redoutable poignard des fameux « Thugs », secte indienne de fanatiques particulièrement meurtriers. Ouh ! je n'aimais pas cette « Krisstinn !... » Déjà, elle me donnait froid dans le dos.
– Enchantée, fis-je, sur un ton convenu, retroussant mes lèvres sur mes dents en un sourire évanescent.
– Cécile m'a beaucoup parlé de vous, affirma Kristin d'une voix chantante qui me parut aussitôt agaçante.
Je dus pourtant reconnaître que le timbre, feutré, ne manquait pas de charme, mais ce constat ajouta encore à mon irritation. J'allais répondre, sur un ton aigre-doux, lorsque le bruit d'une cavalcade dans l'escalier nous fit tourner la tête : c'était François qui nous rejoignait. Il fonça sur moi et me baisa les lèvres sans vergogne.
– François, ça me fait plaisir de...
Puis, glissant le long de mon cou :
– Toujours aussi excitante ! me souffla-t-il à l'oreille.
– Allez, arrête ! lui ordonnai-je, sur le souffle.
Il s'était mis à me pétrir un sein sans vergogne quoique de façon à n'être pas vu. Je reconnaissais bien là le mélange d'effronterie et de fausse discrétion dont François était friand.
– On y va ? lança Cécile.
– On y va, répliquai-je, entraînant tout ce petit monde à ma suite vers la camionnette.
J'ouvris la portière du côté passager.
– Il faudra se serrer, fis-je, fixant Kristin, il n'y a que deux places prévues à côté du chauffeur.
– Qu'à cela ne tienne ! fit-elle en se hissant dans la cabine.
Cécile et François grimpèrent à leur tour et prirent place, bon an mal an. Cécile laissa François passer son bras par-dessus ses épaules puis se blottit contre son frère. La situation les amusait et ils riaient comme des gosses.
Je me juchai sur le siège du chauffeur et mis le moteur diesel en route. La camionnette était équipée d'un changement de vitesse au plancher. La longue tige, qui se terminait par un pommeau de plastique noir, tressautait entre moi et mes trois passagers, serrés l'un contre l'autre. Après m'être assurée que la voie était libre, j'engageai le véhicule sur la chaussée. Après quelques instants, l'engin ayant pris une allure suffisante, j'enclenchai la quatrième vitesse. Mes doigts se retrouvèrent prisonniers entre le pommeau du changement de vitesse et la cuisse de Kristin.
– Oh ! pardon, balbutiai-je, confuse, n'osant la regarder.
– Ce n'est rien, fit-elle d'un ton parfaitement calme.
Elle écarta sa cuisse du levier des vitesses afin de me permettre de dégager ma main, ce que je fis aussitôt.
Un bref coup d'œil me permit de me rendre compte de la difficulté que j'allais avoir à manœuvrer : le manque de place avait obligé Kristin à se porter le plus possible vers mon siège. Ce faisant, sa jambe était pratiquement contre le levier de vitesses. À chaque fois que j'aurais à enclencher la quatrième, j'entrerais inévitablement en contact avec la cuisse de Kristin. Cécile se serait-elle installée à la place de Kristin que je m'en serais trouvée ravie : je n'aurais pas manqué de mettre à profit la situation pour me livrer, en toute discrétion, à de furtifs attouchements. Mais il s'agissait de Kristin, pour laquelle j'éprouvais un irrépressible sentiment de répulsion que cette situation ridicule venait encore d'accroître.
Il me fallut décélérer à l'approche d'un feu rouge. Celui-ci passa au vert avant que je l'eusse rejoint, ce qui me permit – ou plutôt m'obligeât – à repasser en quatrième. Je manœuvrai de telle sorte que ma main n'englobât le levier que du côté opposé à la cuisse de Kristin, afin d'éviter au maximum le contact. Et en effet, lorsque la vitesse fut enclenchée, le contact avec la cuisse de Kristin s'était réduit à un effleurement furtif. J'en fus soulagée.
Cette fois je dus m'arrêter à un embranchement et attendre le passage au vert du feu de signalisation. Cécile et François étaient complètement absorbés par la conversation qu'ils avaient entamée dès le départ et ne nous prêtaient pas la moindre attention, ce qui n'était pas de nature à dissiper mon malaise. Je sentais le regard de Kristin posé sur moi. Je me retins de lui lancer une œillade furibonde que rien – objectivement – ne justifiait. Qu'avais-je à lui reprocher en somme ? Rien !... rien de rien ! Si ce n'est d'être incroyablement belle, élégante, gracieuse, d'avoir l'air hautain, de s'habiller avec beaucoup de goût, d'avoir choisi un parfum envoûtant – j'avais à présent tout le loisir de m'en imprégner – d'être... une femme absolument fascinante et... et...
Le feu venait de passer au vert, je passai les vitesses et, absorbée par les pensées contradictoires qui tourbillonnaient dans ma petite tête, j'en oubliai de préparer le passage de la quatrième : mes doigts se retrouvèrent en contact avec la cuisse de Kristin. Comme tétanisée, je ne fis rien pour retirer mes doigts. De son côté, elle demeurait sans réaction : elle n'esquissa pas le plus petit mouvement qui m'eût permis de me dégager. Il s'en fallait de peu pourtant, mais elle ne broncha pas. Je rejetai instantanément l'hypothèse qu'elle ne s'était pas rendu compte de ce nouvel attouchement involontaire. C'était sciemment qu'elle laissait sa cuisse en contact avec mes doigts ! Je sentis un picotement que je connaissais bien envahir mon entrejambe. Je me mordis la lèvre : cela me rendait furieuse de me trouver ainsi tirée par mes sens dans la direction opposée de mes sentiments. Mais pendant que ma raison vilipendait cette Kristin, décidément odieuse, mes doigts constataient l'incroyable douceur de sa peau. Je sentis mes seins se gonfler et ma gorge s'assécher. C'était un comble : voilà que je m'embrasais pour cette... cette...
Une violente bouffée de désir s'empara soudain de mon être entier, je me découvrais pantelante, vaincue à l'avance, humiliée déjà, prête à rendre les armes et à me soumettre à la volonté et aux caprices de cette... de cette merveilleuse créature que je détestais pour me mettre ainsi sens dessus dessous. Kristin ne bronchait toujours pas. Le sang me monta au visage. Je me sentis rougir... à la fois de honte et de désir. J'étais en proie à un bouleversement complet de mes sens. Mon cœur battait à tout rompre, je fixais la route, comme hypnotisée par la bande blanche interrompue à intervalles réguliers. J'eus le sentiment que Kristin, loin de se dérober, accentuait la pression de sa cuisse sur le levier des vitesses, offrant ainsi plus de chair au contact de ma main. Je fus prise de l'envie irrésistible de voir son visage, de me rendre compte de son état, de savoir si elle partageait tant soit peu mon trouble. J'avais l'impression de souffler comme une locomotive tant ma respiration s'était amplifiée, je m'aperçus que j'étais en train d'écraser ma vulve embrasée sur le cuir moite du siège. Il me semblait que mon excitation devait être des plus perceptibles et cela acheva de me jeter dans la plus totale confusion.
Brusquement, je tournai la tête vers Kristin, m'attendant à recueillir un œil goguenard ou ironique, un sourire hautain, voire méprisant. À ma vive surprise, il n'en fut rien : le visage de Kristin était écarlate, elle avait les joues en feu, la bouche entrouverte, les lèvres humides, l'air égaré, les yeux qui me fixaient sans me voir, le souffle court : elle était dans un état d'excitation intense. Sous le coup, je sentis que je mouillais. Furtivement, elle passa sa langue sur ses lèvres. Sa poitrine se soulevait puis retombait à un rythme rapide. Elle se tenait très droite : je sus qu'elle se cambrait sous l'effet de l'excitation.
Je reportai les yeux sur la route.
Il était temps : la camionnette, livrée à elle-même, commençait à mordre le bas-côté. Je dominai mes sens en pagaille et parvins à ramener, sans brusquerie, le véhicule sur sa bande de roulement. Écartant machinalement les cuisses pour soulager tant soit peu ma vulve en feu, je sentis mon genou heurter celui de Kristin. Instinctivement, je battis légèrement en retraite, mais le genou de Kristin vint se replacer contre le mien : elle avait suivi le mouvement, elle cherchait à maintenir le contact, c'était délicieux et affolant, j'étais en révolte et enchantée. Je sentis mon désir s'épanouir, je n'avais plus qu'une envie à présent : rechercher le contact avec Kristin, sentir sa peau sur la mienne, la caresser, la...
Je réprimai un violent sursaut : la main de Kristin venait de se poser sur ma cuisse. Le contact était ferme, résolu : elle écrasait ma cuisse, la palpait avec fermeté, je sentis ses doigts s'enfoncer dans ma chair. Elle avait déployé son anorak sur ses genoux, comme pour se protéger d'un courant d'air, par ailleurs bien réel, ce qui lui permettait de dissimuler ses attouchements. Je frémis de plaisir et écartai machinalement les jambes. Aussitôt, la main, preste et furtive gagna du terrain et se rapprocha de mon sexe. Je haletais à présent, j'étais excitée comme une puce. J'avais toutes les peines du monde à garder le contrôle du véhicule dont j'avais réduit la vitesse.
Fort heureusement, nous approchions du carrefour donnant accès à la petite route qui allait bien vite nous mener à destination. Je décélérai, à regret, puisque j'allais briser le contact avec la cuisse de Kristin. Profitant d'un tournant vers la droite qui fit se pencher tout le monde à gauche, c'est-à-dire, vers moi, Kristin glissa carrément sa main sous mon short et ses doigts, que je sentis fébriles, s'insinuèrent jusqu'à ma culotte qui devait être trempée. Je suffoquais. Je tentai d'échapper à la délicieuse emprise des doigts fouineurs en reculant mon bassin : peine perdue, la garce s'insinua plus avant. La camionnette fit quelques embardées : je n'arrivais plus à exercer sur la pédale de l'accélérateur la pression à peu près constante qui convenait. Interrompant leur conversation, Cécile et François tournèrent brusquement leurs visages vers nous.
– Ça va, Dom ? questionna Cécile.
Je sentis monter mon adrénaline.
– Oui... oui, aucun problème... mon... mon pied a glissé, tout va bien.
Un bref regard vers Cécile confirma ma crainte naissante : elle venait de tout deviner. Il faut dire que Kristin et moi nous trouvions dans une position plutôt scabreuse. Ce n'est pas sans éprouver un vif regret que je sentis la main de Kristin se retirer. J'en éprouvai une sorte de frustration un peu rageuse, rappel de mes premières réactions sans doute. Kristin avait réussi à se donner très rapidement une attitude à peu près normale, faisant mine de rajuster sur ses genoux son anorak en bataille. Je n'osai plus regarder à ma droite, fixant toute mon attention sur la route qui – aubaine ! – se faisait de plus en plus sinueuse.
La tempête de mes sens s'apaisa quelque peu.
« C'est incroyable ! me dis-je, voilà une fille à qui je n'ai pas dit trois mots, et que je suis prête à laisser me violer ! »
Une telle chose ne m'était encore jamais arrivée. D'ordinaire, je prenais tout mon temps : lorsque j'éprouvais une attirance pour quelqu'un, je me mettais en observation, je scrutais les réactions de mon éventuel partenaire, tentais de deviner ses goûts, ses penchants, ses travers ; j'en parlais presque toujours à Cécile pour recueillir son avis duquel je faisais grand cas ; je prenais un véritable plaisir à faire durer les préliminaires – qui, parfois, tournaient court – afin de conforter l'attirance, d'en vérifier la réciprocité et la profondeur. Ici, il venait de se passer tout le contraire ! J'en étais furieuse contre moi-même, et, en même temps j'éprouvais une sorte de jubilation impatiente.
– Ah ! nous arrivons, fis-je.
Au détour de la route, la petite maison rustique venait d'apparaître, à moitié enfoncée dans les arbres. J'immobilisai le lourd véhicule devant la barrière de bois. Les portières claquèrent. Le temps de faire le tour de la camionnette, François avait déjà ouvert le portillon et franchissait le petit chemin rocailleux menant à la porte d'entrée, légèrement surélevée. Kristin lui avait emboîté le pas. Elle jeta un petit regard furtif vers l'arrière avant de rejoindre François. Il me fallut affronter le regard de Cécile qui, après avoir refermé la portière côté passager, était demeurée sur place. Je m'attendais à une remarque cinglante, voire une humiliation ou la promesse d'un châtiment que j'aurais bien mérité. Elle avait son petit air mutin, rehaussé d'un de ces sourires narquois qui faisaient une bonne part de son charme. J'en fus à la fois soulagée et inquiète : je connaissais suffisamment Cécile pour savoir qu'il ne fallait tirer de cette attitude aucune conclusion hâtive. Tout au plus, l'orage ne serait pas immédiat. Me laissant passer devant elle, elle m'attrapa le bras au passage puis, après m'avoir attirée à elle non sans une certaine brusquerie, se serra contre moi, me soufflant dans l'oreille :
– Un joli morceau, hein ?... Tu es déjà sous le charme à ce que je vois... Salope, va ! Attends, tu vas voir.
– Cécile, je... minaudai-je, ne sachant trop ce que j'allais bien pouvoir dire.
– Ne te fatigue pas, sale garce, allez, avance !
J'avais beau avoir en Cécile une confiance absolue, être sûre de son attachement, avoir vécu à cause d'elle les expériences les plus folles, je fus prise de panique : et si je venais de tout gâcher, de tout compromettre entre nous ? Je ne me le pardonnerais jamais ! Je sentis mes yeux se mettre à picoter sous l'agression d'abondantes larmes qui se mirent à ruisseler sur mes joues empourprées. Je tournai vers Cécile un visage qui devait être tragique. Au léger clignement de sa paupière, je sus qu'elle était sensible à ma détresse, mais je savais aussi qu'elle ne ferait rien pour me soulager, du moins dans l'immédiat. Cécile savait trop bien dans quelles transes pouvaient me jeter de semblables émois, et il était clair qu'elle avait décidé d'en profiter cette fois encore. Je devais m'attendre à quelque chose de corsé.
Nous étions à présent tous quatre réunis dans la pièce centrale. La demeure était modeste, quoique fort bien meublée. Bahuts rustiques et tables basses en chêne massif rivalisaient avec d'imposants fauteuils club de cuir véritable, passablement usés, il est vrai, mais encore fort convenables. Pendant que François descendait à la cave afin d'en remonter du bois pour le feu ouvert, Cécile attaqua aussitôt :
– On peut dire que vous n'avez pas perdu de temps, vous deux ! assena-t-elle en fixant résolument Kristin dans les yeux.
Malgré sa haute silhouette et sa belle carrure – Kristin nous dominait toutes deux par sa taille – elle prit un air coupable et entreprit de se justifier telle une gamine prise en faute :
– Je... je ne sais pas ce qui m'a pris... Je... j'ai trouvé Dominique si attirante, j'étais réellement bouleversée... Ça ne m'était jamais arrivé... je...
Elle tourna son regard vers moi et je pus lire dans ses yeux embués une sorte de désir douloureux et éperdu. Elle avait perdu tout de sa superbe, je m'en trouvai bouleversée. Cette grande et belle femme en train de s'excuser d'avoir perdu un instant les pédales, cela avait quelque chose d'incongru. Un bruit sourd sur le sol me fit reprendre mes esprits. Je tournai la tête et vis François qui me jeta une œillade goguenarde avant de se mettre à empiler des bûches par-dessus le cône de brindilles, savamment disposées, au cœur duquel il avait enfermé quelques feuilles de papier froissé. Le craquement d'une allumette se fit entendre, et une belle flamme jaune jaillit de l'âtre. Je revins à Kristin.
– Ça n'est vraiment pas dans mes habitudes, moi non plus, fis-je d'une petite voix feutrée.
– Dominique, je vous prie de m'excuser, balbutia Kristin, je...
Cette déclaration me procura une vive émotion.
– Bien ! trancha Cécile, François et moi allons vous laisser vous expliquer calmement entre vous ; nous allons au village chercher ce qu'il faut pour le dîner. Simplement, si vous pouviez veiller à alimenter le feu.
Je crus percevoir dans le ton de Cécile quelque chose comme de l'amusement, ce que ne démentit en aucune façon l'œillade presque coquine qu'elle m'adressa avant de se tourner vers François.
– Tu viens, grand ? fit-elle.
– Voilà ! répliqua-t-il. Le feu est bien parti. J'ajoute une bûche et... bien, nous pouvons y aller.
En passant devant moi, il me lança un clin d'œil appuyé. Il avait ce petit sourire équivoque que je connaissais bien, prélude, le plus souvent, à quelque diabolique invention. J'esquissai un vague sourire et les regardai partir, presque avec détresse.
Me retrouver seule en présence de Kristin me mettait plutôt mal à l'aise tant en raison des sentiments contradictoires que j'avais éprouvés pour elle qu'à cause de ce brusque assaut de sensualité qui nous avait embrasées l'une comme l'autre. Nous étions là, toutes deux, penaudes, à ne pas oser nous regarder, debout au milieu de cette pièce d'un autre âge.
Les bûches, assaillies par les premières flammèches gesticulantes, s'étaient mises à crépiter.
Attirée par la chaleur et la majesté du feu naissant, je me laissai choir sur un pouf non loin de l'âtre et fixai les flammes grimaçantes.
Kristin fit de même et s'assit sur le bord du canapé, proche du feu lui aussi. Nous restâmes un temps immobiles et silencieuses, comme hypnotisées par la flambée qui se faisait triomphante.
Je tournai enfin mon regard vers Kristin. Elle me regardait d'un air triste.
– Dominique, commença-t-elle, je...
– Non, l'interrompis-je, ne dites rien.
Sans réfléchir, j'avais avancé vers elle une main qui vint se poser sur sa cuisse, juste au-dessus du genou. Le contact avec sa peau, si soyeuse, si ferme, ralluma aussitôt mon désir, de manière aussi imprévue qu'irrésistible.
La chose devait être tangible, car je sus aussitôt que Kristin avait perçu mon émoi. Je sentis les muscles de sa cuisse se raidir un instant au contact de mes doigts. Son regard se fit plus brillant.
– Dominique... je sais votre attachement pour Cécile et je...
– Kristin ! coupai-je, vous... vous êtes superbe !
Sur le moment, je ne sus si c'était la chaleur du feu conquérant, un assaut de timidité ou une bouffée de désir qui venait d'empourprer le visage de Kristin. Je fus vite fixée : elle se mit à respirer plus fort, plus vite.
– Dominique, fit-elle, d'une voix rauque, vous... vous êtes si belle ! C'est incroyable ce qui m'arrive. Il émane de vous quelque chose de... de si... de si sexuel, c'est... c'est vraiment extraordinaire. Je... je n'arrive plus à me contrôler ! Je... je suis comme envoûtée ! Ça ne m'était jamais arrivé.
Délaissant le coin de canapé sur lequel elle était assise, elle se laissa glisser sur le sol et se rapprocha de moi, haletante, les joues en feu, le souffle court. Son beau visage allongé dansait à la lueur changeante des flammes. Cela avait quelque chose de fantastique. Elle était toute frémissante, en proie à un désir incoercible. La chaleur devenait réellement forte et mon t-shirt était tout chaud à présent. Je me rendis compte que j'étais brûlante. Je sentis mes seins se gonfler. Je sus que je ne pourrais plus résister : je me tournai résolument vers Kristin et me cambrai, offrant ma poitrine à cette femme superbe qui se traînait, éperdue, à mes pieds. Basculant sur le sommet de mes fesses, je pointai mon pubis vers l'avant tout en écartant les cuisses.
Je réprimai un petit cri de surprise et de plaisir lorsque je sentis les deux paumes de Kristin se poser sur moi. Elle me mangeait des yeux. Ses mains se mirent à parcourir l'intérieur de mes cuisses écrasées sur le pouf. Son regard parcourait tout mon corps, elle avait le visage grave, tendu. Ses yeux enfiévrés remontaient de mes cuisses à mon visage en s'attardant sur ma poitrine qui, toute gonflée à présent, se faisait douloureuse, enfermée dans son soutien. Brusquement, elle se jeta sur moi, sa bouche vint fouiller mes seins à travers le tissu du t-shirt, pendant que ses bras enserraient mes cuisses. Sous le choc, je faillis basculer vers l'arrière, mais je parvins à me maintenir assise sur le pouf. Ses doigts pétrissaient mes fesses avec une rare vigueur. C'en était presque douloureux. Je me dégageai de cette étreinte excessive en me mettant debout. Aussitôt, Kristin, s'agenouillant à mes pieds, enserra mes genoux et leva vers moi un regard suppliant.
– Montre-toi, fit-elle soudain, d'une étrange voix sifflante, montre comme tu es belle, montre-toi, laisse-moi t'admirer, te contempler, t'adorer...
Sa frénésie devait m'avoir gagnée, car je lui obéis : croisant les bras pour le saisir par le bas, j'entrepris de me débarrasser de mon t-shirt. Je fermai un instant les yeux au passage du vêtement à hauteur de ma tête. Lorsque je les rouvris, j'avais le visage de Kristin à quelques centimètres du mien. Elle fixait mes seins, les yeux agrandis par l'excitation.
– Qu'est-ce que tu es belle ! murmura-t-elle d'une voix étrangement grave.
Ma poitrine, enfermée dans son soutien, palpitait d'impatience, comme si elle savait les délices qui lui étaient promis. Emplissant mes poumons, je tendis fièrement mes globes vers Kristin qui s'en empara aussitôt. Elle soupesa mes melons frémissants, s'amusa à les rapprocher pour les faire saillir au contact l'un de l'autre. C'était là le genre de caresses dont je raffole : j'étais aux anges.
Je me passai les mains dans le dos et dégrafai mon soutien. Libérés, mes seins firent un petit bond vers l'avant en direction du visage de Kristin qui s'était penchée pour les recevoir. Elle se mit immédiatement à malaxer ma poitrine avec vigueur. Elle haletait, en proie à une excitation majeure. Elle se mit à lécher mes globes à grands coups de langue gourmands. J'enserrai mes seins de mes mains afin de les lui offrir. J'accompagnai ses coups de langue en promenant ma poitrine sous ses lèvres. C'était délicieux, j'étais surexcitée, j'adorais !
– Dieu que c'est bon ! fit-elle.
Je fus prise d'une envie de découvrir à mon tour le corps de mon impétueuse partenaire. Tout en la laissant pétrir ma poitrine, ce à quoi elle s'employait avec vigueur, j'approchai mes mains de la fine chemise de la belle brune. Interrompant son labeur, elle me fixa d'un regard embrasé. Elle laissa glisser ses mains sur mes cuisses qu'elle se mit à caresser lentement. Elle se cambra pour mieux me présenter sa poitrine. Elle se mordit la lèvre inférieure tout en fermant les yeux lorsque je posai mes mains sur ses seins. Ils se révélèrent d'une incroyable fermeté. Je craignis qu'ils ne fussent siliconés et, de ce fait, réduits à l'état de blocs de marbre insensibles.
Le chemisier déboutonné révéla deux rondeurs parfaites, se soulevant en cadence au rythme de l'excitation d'une Kristin au bord de l'extase. Le vêtement se dégrafait par l'avant, je n'eus donc aucune peine à rendre aux seins de Kristin une liberté à laquelle ils semblaient aspirer avidement. Un effluve de son parfum capiteux vint fouetter mes sens en éveil. La poitrine qui se révéla alors à mes yeux confinait à la perfection : les mamelons, durs, bien dressés par l'excitation, se dressaient fièrement au milieu de larges aréoles, parfaitement dessinées, d'une régularité exemplaire. Je me mis à caresser lentement les seins épanouis, d'une consistance parfaitement naturelle, les effleurant tout d'abord, puis, précisant mon mouvement, je me mis à les pétrir avec fougue, arrachant à Kristin de petits couinements aigus. La peau était aussi douce que souple et les aréoles d'une rare finesse. Kristin eut un frisson lorsque je posai un doigt inquisiteur sur la peau délicate.
Je décidai de mieux en éprouver la texture au moyen de ma langue. La surface nacrée était délicieusement douce et lisse. Je m'y attardai, distribuant une série de petits coups de langue vifs et aigus qui produisirent sur Kristin un effet immédiat : elle frissonnait et semblait comme parcourue de décharges électriques. S'abandonnant, elle se laissa aller en arrière sur le canapé. Je m'allongeai sur elle, glissant entre ses cuisses une jambe qu'elle enserra aussitôt avec force. Je me lovai contre elle et elle m'enserra dans ses bras, écrasant mon corps sur le sien, comme si elle tenait à établir la plus grande surface de contact possible. Nos seins se trouvaient à même hauteur, écrasés les uns contre les autres en une délicieuse pression. Kristin se mit à ondoyer légèrement ce qui permit à nos corps de glisser l'un sur l'autre en une sorte de danse lente et enivrante. C'était divin !
Après quelques instants, je me soulevai légèrement, promenai mes seins de façon à ce que mes mamelons viennent effleurer délicatement la peau de Kristin qui gémit de plaisir. Je descendis vers son ventre sur lequel je m'attardai quelques instants, puis, changeant de position, j'entrepris d'explorer l'entrejambe de ma délicieuse partenaire. La jupe étroite était toute dérangée. Je n'eus aucune peine à la déboutonner. D'un geste preste, je fis glisser la fine culotte de Kristin le long de ses admirables cuisses souples et soyeuses. Saisissant ses genoux, j'écartai résolument ses cuisses musclées. Elle pointa aussitôt son pubis vers l'avant en une quête sans équivoque.
Sa vulve, énorme, s'étalait sous mes regards admiratifs et émus : un plat de roi, ou plutôt, de reine, en l'occurrence. Le triangle velu était, lui aussi, d'une belle taille et bien fourni ; avisant les lèvres charnues qui se révélaient à ma vue, je décidai d'entamer l'exploration de la tendre caverne. Une bave gluante et délicieusement odorante garnissait la toison en bordure de l'orifice béant. J'eus un léger sursaut en découvrant le clitoris : un véritable petit phallus ! Je n'en avais jamais vu d'aussi développé, c'était impressionnant. Kristin poussa un petit cri lorsque, de la pointe de ma langue, j'effleurai le bouton épanoui. Je me mis à masser la petite hampe qui frétillait entre mes doigts. J'eus le sentiment que, sous mes caresses, elle enflait encore. N'y tenant plus, je me mis à la sucer tout de bon. Kristin se mit à gémir de façon ininterrompue, soulevant son bassin pour mieux s'offrir. J'avais passé mes mains sous ses fesses que je pétrissais vigoureusement, afin de m'assurer une bonne prise, ce qui me permettait de continuer à suçoter son bijou tout en accompagnant ses mouvements désordonnés. Je m'interrompais de temps à autre pour lécher goulûment les lèvres charnues : c'était un sacré travail !
Kristin haletait à présent comme une chienne essoufflée, je me mis à mordiller ses grandes lèvres puis à les étirer : elles étaient incroyablement élastiques et souples, et j'avais fort à faire pour que tiennent dans ma bouche – pourtant vorace – ces chairs dégoulinantes. À la fin, effarée par une telle abondance, je me mis à mordre bel et bien les énormes lèvres, puis, les délaissant soudain, je retournai au clitoris que je me mis à mordiller non sans force. Kristin se cabra soudain, demeura un instant immobile, puis poussa une sorte de hurlement sauvage.
Surprise, je m'interrompis un bref instant. À présent parcourue de spasmes violents, elle jouissait comme une démente, émettant une série de sanglots accompagnés de râles. Soudain, elle referma ses longues cuisses puissantes autour de ma tête, l'emprisonnant ainsi aussi sûrement qu'un carcan. La chaleur des cuisses tout humectées de sa mouille abondante, la forte odeur poivrée qu'elle dégageait, les râles qui me parvenaient, étouffés, les soubresauts qui secouaient ce grand corps athlétique, tout cela me procurait une forte sensation de vertige, et je sentis une sorte de tourbillon m'envahir toute entière, de l'entrejambe aux joues, en passant par mes seins.
Kristin desserra soudain son étreinte, se redressa et, les yeux fous, comme hallucinée, se rua sur moi, emprisonna ma tête de ses mains puissantes et se mit à m'embrasser avec une rage incoercible. Sa langue bondissait dans ma bouche, léchait la mienne, la pourchassait, explorait tous mes reliefs. Je crus que j'allais étouffer, je n'arrivais pas à la suivre, il me semblait qu'il me serait impossible d'endiguer ce flot de sensualité sauvage et ravageur. Elle se calma cependant, et, après m'avoir adressé un regard d'une langueur appuyée, elle se laissa choir sur le dos en poussant un profond soupir. On eût dit un homme après l'orgasme. Je m'en étais rendu compte : Kristin avait joui plusieurs fois.
– Dominique, Dominique, souffla-t-elle, oh ! quel pied, oh ! hhh... oh ! nom de Dieu, quel pied ! Il y avait longtemps que je n'avais pas joui comme ça ! Tu es... tu as trouvé tout de suite ce qui me faisait partir ! Ça... ça alors ! (Son regard chavira.) Viens ici !
Ce disant, elle m'attira à elle et, m'enlaçant avec sa force coutumière, elle me baisa les lèvres avec une infinie délicatesse. J'étais toute penaude, ne sachant trop quelle attitude adopter.
Après un long moment d'ineffable douceur, elle s'écarta, me fixa d'un regard empli de reconnaissance puis, sans transition, me fit basculer sous elle.
– Attends, affirma-t-elle d'une voix rauque, ça va être ton tour à présent.
Elle me dominait de sa taille imposante. Elle me faisait presque peur, et je retrouvai cet état de soumission que j'adoptais si volontiers face à mes partenaires sexuels favoris. Je décidai donc de me laisser complètement aller. S'insinuant entre mes cuisses, Kristin passa ses mains sous mes fesses, souleva mon bassin comme s'il se fut agi d'un coussin de salon, et approcha son visage de ma vulve à demi engourdie. L'intrusion fut brutale, sauvage, irrépressible : Kristin se mit à lécher ma vulve avec une vigueur exceptionnelle, me gratifiant de grands coups de langue qui me paraissaient se démultiplier à l'infini. Pendant qu'elle me distribuait généreusement mordillements, suçotements et lècheries, ses mains fermes et agiles parcouraient tout mon corps, me palpaient, m'effleuraient, malaxaient une cuisse ou un sein, pétrissaient une fesse ou un mollet ; j'avais l'impression que trois femmes au moins s'affairaient autour de moi, s'évertuant à me procurer un plaisir sauvage.
Je m'étais mise à jouir sans aucune retenue, mon corps était parcouru de longs et délicieux frissons qui se répandaient en moi en vagues successives, se renouvelant sans cesse. Mes orgasmes s'enchaînaient les uns aux autres comme un collier de perles. Je crus mourir de plaisir. Kristin, infatigable, n'arrêtait pas de me lécher, de me pétrir, de me tourner et de me retourner selon sa fantaisie. Pour l'heure, elle avait enfermé mon clitoris – prêt à exploser – dans sa bouche et le léchouillait avec ferveur. Je jouis à nouveau, poussant un petit cri qui avait tout du râle d'agonie. Je me sentis mollir et sombrai dans une sorte de coma vertigineux.
Lorsque je revins à moi, le visage de Kristin était presque tout contre le mien, elle s'était allongée à côté de moi et me regardait avec tendresse. Elle souriait béatement, apaisée... enfin.
– Ouf ! dis-je d'une voix qui me sembla minuscule, je crois que je reviens de loin. Quelle tornade !
– À qui la faute ? On n'a pas idée d'être bâtie comme ça ! Tu sais que si tu posais pour le premier magazine porno venu, tu crèverais le plafond des ventes.
– Arrête ! dis-je, mi-fâchée, mi-amusée. Tu exagères !
– Oh, que non ! reprit-elle, convaincue.
– En tout cas, ça ne m'intéresse pas le moins du monde. Si tu savais le nombre de fois qu'on m'a déjà proposé ce genre de choses ! Pas question de m'étaler comme ça dans leurs boucheries ! J'ai déjà visionné l'un ou l'autre film porno : c'est affligeant !
– Tu as raison ; mais, insista-t-elle, il existe des revues soft qui...
– Je préfère le réel, le palpable, la vie, quoi !... L'amour en conserve, sous cellophane, ça me paraît totalement inepte !
– Je vois, fit-elle, vaincue, dommage... mais pas pour moi, en tout cas ! ni pour Cécile, ni pour François.
– Quoi ? tu es au courant ?
– Parce que tu crois que ta Cécile m'aurait permis d'approcher sa Dominique, sa déesse, sa grande esclave, sa drogue, son viatique, en dehors de sa bénédiction ?
– Oh ! je... je..., balbutiai-je, rougissante, indignée. La salope ! Elle savait tout depuis le début... elle avait tout préparé...
– N'exagérons rien ! coupa Kristin, enjouée, disons qu'elle n'a simplement mis aucun obstacle. C'est bien dans sa manière, non ?
– Mais... fis-je, soudain alarmée, alors elle et toi ?... vous... vous l'avez fait, n'est-ce pas ?...
L'œil de Kristin s'arrondit.
– À ton avis ?
Je réalisai soudain que je n'étais vraiment pas en position de reprocher quoi que ce soit à Cécile. Une chose me parut soudain évidente : Cécile et moi avions eu affaire à une véritable prédatrice. Que Cécile ait eu l'occasion d'en profiter avant moi n'y changeait pas grand-chose !
– Eh bien ! fis-je, comme fâchée. Tu es quand même...
– Une belle salope ! acheva-t-elle. Oui, je sais. (Puis elle ajouta, avec un calme olympien
Aurais-tu une réclamation à formuler ?
Un bref instant, j'eus le sentiment que j'allais recommencer à la détester, mais je sus que je n'y arriverais pas. Je me mis à rire. Elle approcha ses lèvres des miennes et me baisa une nouvelle fois la bouche. Ce fut doux et tendre. Un vrai baiser de paix.
Une grosse bûche à moitié calcinée s'affaissa dans l'âtre avec un bruit sourd. La porte s'ouvrit soudain et la voix de Cécile résonna dans la petite pièce, claire et moqueuse.
– La récréation est finie, vilaines filles ! On va bientôt passer à table !
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